Geneva Foundation for the Future
Quand l’impact doit devenir lisible pour ceux qui peuvent le financer.
Entre un projet dont l’utilité paraît évidente et un projet dans lequel un financeur peut réellement s’engager, il existe encore un espace considérable. Il faut pouvoir démontrer ce qui sera produit, par qui, avec quelles ressources, selon quelle trajectoire économique et avec quels effets mesurables. C’est dans cet espace que travaille la Geneva Foundation for the Future.
La Geneva Foundation for the Future occupe une place singulière dans la communauté du Geneva Forum.
Elle intervient là où les mondes commencent à devoir se comprendre.
Une organisation peut connaître intimement un problème environnemental ou social, disposer de vingt années d’expérience et d’un réseau remarquable sur le terrain, sans pour autant savoir présenter son développement sous une forme qu’un investisseur à impact puisse instruire.
À l’inverse, des capitaux peuvent être disponibles sans trouver suffisamment de projets dont l’architecture, les indicateurs, le modèle économique et le niveau de maturité permettent une décision.
Le problème n’est donc pas toujours l’absence d’argent. Il est aussi celui de la traduction entre des univers qui ne parlent pas spontanément le même langage.
C’est l’un des rôles que la Geneva Foundation for the Future joue au sein du Geneva Forum.
Un projet utile n’est pas encore nécessairement un projet finançable
Au Forum, cette différence apparaît très vite.
Une initiative peut susciter un accord presque immédiat sur son intérêt. Puis viennent les questions qui changent la nature de la conversation.
Que faut-il réellement financer ? Pendant combien de temps ? Quelle partie du dispositif peut générer ses propres revenus ? Qu’est-ce qui relève encore de la philanthropie ? À quel moment un investissement devient-il envisageable ? Et si plusieurs organisations participent au projet, où se situe la création de valeur économique ?
Ces questions ne diminuent pas la mission.
Elles obligent au contraire à comprendre comment lui donner les moyens de durer.
La Geneva Foundation for the Future intervient dans cette zone de passage. Elle contribue au dimensionnement financier des projets, à la construction de scénarios économiques et à l’identification des instruments qui peuvent correspondre aux différentes étapes de leur développement.
Un même projet peut ainsi avoir besoin d’un grant pour produire une première preuve, d’une garantie pour réduire le risque d’une phase suivante, puis d’un investissement lorsque certaines activités commencent à générer des revenus.
Ce n’est plus une recherche abstraite de « financement ».
C’est une architecture.
AGILE : regarder l’impact avant de regarder seulement le statut de l’organisation
Cette réflexion a notamment conduit la Geneva Foundation for the Future à développer AGILE, un outil destiné à améliorer la lisibilité des projets à impact pour le monde financier.
L’outil AGILE part d’un constat rencontré régulièrement dans la Genève internationale : les structures habituelles de financement classent encore très facilement les acteurs avant d’évaluer ce qu’ils sont réellement capables de produire ensemble.
ONG, entreprise, organisation internationale, fondation, institution publique ou véhicule d’investissement appartiennent alors à des catégories financières différentes, alors qu’elles peuvent être parties prenantes du même projet et contribuer au même résultat.
AGILE propose de déplacer le regard.
Il s’agit d’examiner le projet, son architecture, ses parties prenantes, la crédibilité de son exécution et les impacts attendus afin de produire une lecture susceptible d’être comprise au-delà du silo dont il est issu.
L’objectif n’est pas de transformer une ONG en entreprise, ni de demander à un investisseur de raisonner comme un philanthrope. Il est de construire suffisamment de langage commun pour qu’ils puissent participer, lorsque cela a du sens, à une même opération.
Au Geneva Forum, AGILE rencontre les projets réels
C’est là que la relation entre la Geneva Foundation for the Future et le Geneva Forum devient particulièrement concrète.
Le Forum ne fournit pas à AGILE une collection de cas d’école. Il fait émerger et accompagne des projets réels, avec leurs forces, leurs angles morts, leurs contraintes institutionnelles et parfois leurs contradictions.
Certains sont encore monospécifiques. D’autres commencent à réunir plusieurs organisations. Les Global Impact Projects vont plus loin : ils cherchent à agréger des capacités issues de plusieurs secteurs et territoires autour d’une architecture suffisamment importante pour agir sur une problématique structurelle.
Pour AGILE, cet environnement constitue un terrain d’application.
Pour les projets, AGILE offre autre chose : la possibilité de regarder leur propre construction avec les yeux de ceux qui devront un jour décider s’ils peuvent y engager des ressources.
Le premier Dry Run de l’outil organisé dans le cadre du Geneva Forum a ainsi permis de commencer à constituer un pool de praticiens et d’évaluateurs. L’enjeu est maintenant de poursuivre ce travail par l’usage, la confrontation à des projets différents et l’amélioration progressive de la méthode.
Une demi-journée sur la finance peut modifier toute la trajectoire d’un projet
Pendant le Boot Camp du Geneva Forum, la Finance à Impact n’arrive pas à la fin du processus comme un guichet devant lequel les projets viendraient demander de l’argent.
Elle entre dans leur construction.
Une discussion sur le financement peut révéler qu’un projet possède une activité génératrice de revenus qui n’avait jamais été isolée. Elle peut montrer qu’un risque pourrait être pris en charge différemment, qu’une dépense considérée comme récurrente devrait devenir un investissement ou qu’un consortium serait plus crédible qu’un opérateur unique.
Parfois, la conclusion est inverse : vouloir faire entrer trop tôt une composante dans une logique d’investissement fragiliserait le projet. Elle doit rester financée autrement.
Le bon résultat n’est donc pas de rendre artificiellement tout projet investissable. C’est de trouver une architecture financière cohérente avec ce qu’il est.
Après le Forum commence le travail que l’on voit moins
Une semaine de Boot Camp permet d’accélérer fortement certaines décisions. Elle ne remplace pas les mois de travail nécessaires pour passer d’une première architecture à un dossier susceptible d’être instruit.
C’est pendant cette période que la Geneva Foundation for the Future peut continuer à intervenir.
Les hypothèses deviennent des tableaux. Les besoins de financement sont reliés à des jalons. Les revenus envisagés doivent être confrontés à la réalité. Un scénario ambitieux doit pouvoir être comparé à un scénario plus prudent. La gouvernance financière doit être compatible avec celle du projet.
Puis vient la question du financeur.
Non pas « qui possède de l’argent ? », mais quel capital convient à cette étape, à ce risque et à cette fonction du projet ?
Cette distinction change beaucoup de choses.
Elle évite de présenter une demande de subvention là où un modèle économique pourrait progressivement financer l’activité. Elle évite aussi de charger de dette une structure dont les flux futurs ne permettraient pas raisonnablement de la rembourser.
La finance retrouve alors son rôle d’outil.
Des ateliers mensuels jusqu’aux dossiers d’investissement
La présence de la Geneva Foundation for the Future ne se limite donc pas à la session annuelle consacrée à la finance.
On la retrouve au fil du cycle du Geneva Forum lorsque les projets ont besoin de travailler leur modèle économique, leur trajectoire de croissance ou leurs besoins de capitaux. Les Ateliers mensuels du Management Durable permettent de reprendre ces questions entre deux étapes et de constater ce qui a réellement changé depuis la session précédente.
Un projet peut arriver avec une première fiche de quelques pages.
Quelques mois plus tard, il peut disposer d’une architecture économique beaucoup plus claire, d’un besoin de financement séquencé et d’un consortium mieux défini.
À ce stade, la conversation avec la finance n’est plus la même.
On ne présente plus seulement une cause à soutenir. On commence à présenter quelque chose qui peut être instruit.
Et parfois, c’est la finance elle-même qui vient chercher les projets
La passerelle fonctionne dans les deux directions.
Le Geneva Forum permet aussi à ceux qui travaillent avec le capital de remonter beaucoup plus tôt dans la fabrication des projets.
Plutôt que de découvrir une opération lorsque toutes ses hypothèses sont déjà figées, ils peuvent apporter leur expérience pendant son dimensionnement. Une question posée suffisamment tôt sur les revenus, le risque ou la gouvernance peut éviter plusieurs mois de travail dans une mauvaise direction.
Ils peuvent également découvrir des activités qui, prises isolément, seraient trop petites ou trop fragmentées pour être examinées, mais qui prennent une autre dimension lorsqu’elles sont intégrées dans un Global Impact Project.
C’est une autre manière de construire le deal-flow.
Non plus seulement chercher les bons projets lorsqu’ils sont terminés, mais contribuer à créer les conditions pour que davantage de bons projets deviennent finançables.
Faire de Genève un lieu où l’on construit aussi les architectures financières de l’impact
La Genève internationale concentre des compétences considérables sur le climat, la biodiversité, l’eau, la santé, l’éducation, la paix, les droits humains et le développement.
Genève est aussi une place financière internationale.
Ces deux réalités se côtoient depuis longtemps.
Le travail conduit par la Geneva Foundation for the Future avec le Geneva Forum part de l’idée qu’elles peuvent faire davantage que se côtoyer.
Cela suppose de respecter profondément leurs différences. Une organisation internationale n’a pas les mêmes responsabilités qu’un fonds. Une ONG n’a pas la même fonction qu’une banque. Une fondation philanthropique peut accepter un risque qu’un investisseur ne devrait pas prendre.
Mais leurs instruments peuvent parfois être articulés.
L’enjeu n’est pas de faire entrer la Genève internationale dans les règles de la finance. Il est de construire les outils qui permettent à la finance et aux acteurs de l’impact de comprendre ce qu’ils peuvent raisonnablement accomplir ensemble.
Au Geneva Forum, la Geneva Foundation for the Future se trouve donc souvent au moment où une ambition doit devenir une architecture économique, où un projet doit comprendre comment financer son changement d’échelle, ou lorsqu’un acteur de la finance souhaite regarder en amont ce qui est en train de se construire.
On peut entrer dans cette conversation avec un projet déjà avancé, une méthode d’évaluation, une problématique de financement, un portefeuille, une capacité d’investissement ou simplement une question que personne n’a encore réussi à traduire correctement entre les deux mondes.
Car avant qu’un capital puisse produire de l’impact, il faut encore qu’un projet et un financeur puissent se reconnaître comme les deux parties possibles d’une même solution.
